mardi 12 décembre 2017

Homélie pour les obsèques de Jean d'Ormesson

Il y a quelques jours, il m’a été donné de célébrer les obsèques d’une belle-sœur de celui qui nous réunit ce matin. Au début de la liturgie, Jean d’Ormesson a pris la parole de façon bouleversante. Avec des sanglots dans la voix, en évoquant les joies de la vie bien sûr (la Corse, les voyages, l’élégance…) et puis sur le ton de la prière : « Seigneur, accueille-la dans ta lumière, dans ta paix, dans ta gloire ».
Ce matin, il y a des sanglots dans nos voix et dans nos cœurs, comme dans le cœur de tant de Français pour qui, grâce au Duc de Plessis-Vaudreuil et au vieux château de Saint-Fargeau, grâce à « Apostrophes » et à la télévision, grâce au « chant d’espérance » qui retentit par chacune de ses œuvres, Jean d’Ormesson était devenu comme un père, un frère, un ami. Il y a des sanglots dans nos cœurs – Jésus lui-même a pleuré son ami Lazare – mais il y a aussi, grâce à Jean d’Ormesson, davantage d’amour de la vie, davantage d’émerveillement devant la beauté du monde et du cœur humain, ce que les chrétiens nomment « l’action de grâce » et dont saint Paul fait l’attitude spirituelle par excellence. Il y a les sanglots, il y a l’action de grâce et il y a la prière, pour que Dieu, dont le plaisir est de pardonner, purifie Jean d’Ormesson de tout ce qui en lui a besoin de l’être et achève d’illuminer son beau regard par la splendeur de sa lumière. 
Toute vie humaine constitue comme un « itinéraire de Paris à Jérusalem » pour reprendre le titre de Chateaubriand dont Jean d’Ormesson a si souvent et si bien parlé : un itinéraire du Paris de la culture, de l’élégance et des lumières terrestres vers la Jérusalem céleste, la Jérusalem de joie et de paix évoquée par le Psaume 121, la Jérusalem d’éternité où s’éclaire enfin le mystère du temps sur lequel Jean d’Ormesson s’est tant interrogé. Toute l’existence humaine est comme saisie dans l’appel de Jésus devant le tombeau de Lazare : « Lazare, viens dehors ! ». En dépit des apparences, le Christ ne nous accompagne pas du berceau au cimetière mais nous appelle à sortir progressivement des tombeaux de nos peurs, de nos étroitesses, de nos certitudes trop faciles pour entrer dans la plénitude de sa vie. De L’amour est un plaisir en 1956 au Guide des égarés, il y a quelques mois, Jean d’Ormesson a parcouru, à sa manière, cet itinéraire d’approfondissement et de dilatation intérieure : la marche de son existence, comme celle du « juif errant » de son roman, va pouvoir maintenant s’achever dans « un hosanna sans fin ».
Il y a quelques années, Jean d’Ormesson avait accepté de participer à la rédaction d’un Chemin de Croix, avec certains de ses confrères de l’Académie, comme Pierre Messmer, Maurice Druon, Alain Decaux, Max Gallo, Pierre-Jean Rémy et le Cardinal Lustiger, pour ne citer que ceux qui l’ont précédé dans la Maison du Père. Le commentaire de Jean d’Ormesson à la douzième station, la mort de Jésus sur la croix, prend aujourd’hui une force singulière, la force d’un ultime « chant d’espérance » : « Il n’y a qu’une Révolution dans toute l’histoire de l’humanité : c’est la mort de Jésus sur la Croix. Le chemin de croix est l’image de notre condition. En dépit de tous les bonheurs et de tous les plaisirs passagers qui suffisent à nous faire aimer la vie, nous ne naissons que pour mourir. A travers son chemin de Croix, notre Dieu nous montre la voie sous les traits de son Fils qui se confond avec Lui. Nous vivons avec Lui, nous tombons trois fois, et mille fois, avec Lui, nous sommes soutenus avec Lui par sa Mère, qui est aussi la nôtre, par Véronique, par Simon de Cyrène, nous mourrons avec Lui. Et nous entrons avec Lui dans la Vie éternelle ».
Père Matthieu Rougé

samedi 9 décembre 2017

Derniers mots...

... En forme de testament...

mardi 5 décembre 2017

R.I.P Jean d'Ormesson...

Monsieur le Comte va enfin pouvoir saluer Monsieur le Vicomte. Jean d'Ormesson vient de rejoindre Chateaubriand - une de ses grandes références littéraires - au coeur du mystère qu'il a lui-même tant questionné. Il affirmait dans "Au revoir et merci" : « Je suis, à ma façon, un amateur d’histoire, un spectateur du bon Dieu (…) Je suis une espèce d’agent secret de Dieu. » Il est sûr que l'on sentait en creux que, chez lui, "le monde ne suffit pas", qu'il ne saurait suffire malgré tous les plaisirs qu'il procure. 
Je citais volontiers dans une liste non exhaustive des plaisirs de la vie le fait de l'entendre parler de l'auteur des Mémoires d'Outre Tombe à qui il avait consacré une "biographie sentimentale" : "Mon dernier rêve sera pour vous." Quand une voix se tait le monde change de visage dit-on...
Et lorsqu'elle parle ailleurs ? D'ailleurs ? Celui que se qualifiait "d'espèce d'agent secret de Dieu" peut dès à présent, en cet instant exprimer depuis le coeur de Dieu l'accomplissement de sa quête, la réponse à son questionnement et nul ne sait la forme et la résonance que cela pourra avoir ici-bas. 
Novateur, il avait fait élire Marguerite Yourcenar à l'Académie Française. On se souvient du paragraphe fameux : "Ce sont, j’imagine, des réflexions de cet ordre qui vous ont incités, Messieurs, à me permettre de prononcer devant vous sans que le ciel me tombe sur la tête, sans que s’écroule cette Coupole, sans que viennent m’arracher de mon fauteuil les ombres indignées de ceux qui nous ont précédés dans cette lignée conservatrice d’un patrimoine culturel où, fidèles à l’étymologie, nos pères semblent s’être livrés depuis toujours et tout seuls à une espèce d’équivalent masculin et paradoxal de la parthénogenèse − un mot inouï et prodigieusement singulier : Madame." 
Je termine ces quelques flashs par un de ses romans : "Au plaisir de Dieu". Il y décrivait la fin d'une grande famille, celle du duc du Plessis les Vaudreuil. Très largement autobiographique, ce roman prend son titre à la devise du prélat français Benoit Adam  gravée sur le fronton de l'oratoire San Giovanni in Oleo à Rome. Au plaisir de Dieu, en voilà un programme, en voilà une espérance. 
Finalement, il restait tant à découvrir. 
Belle éternité !

vendredi 1 décembre 2017

Qui sifflera trois fois déjà ?

Ces trains qui partent et qui nous emportent,
Destinations programmées où impromptues,
Choisies ou qui s'imposent, 
Ces trains qui nous emmènent là 
où nous ne pensions pas arriver. 

Moesta et errabunda

Partage ce soir, et sous la neige de ce poème de Baudelaire entendu un peu par hasard, il y a peu, lu par un ancien président de la République française avec des accents bouleversants...

Dis-moi, ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de l'immonde cité,
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?
Dis-moi, ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe ?


La mer, la vaste mer, console nos labeurs !
Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse
Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs,
De cette fonction sublime de berceuse ?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs !


Emporte-moi, wagon ! enlève-moi, frégate !
Loin ! loin ! ici la boue est faite de nos pleurs !
- Est-il vrai que parfois le triste coeur d'Agathe
Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs,
Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ?


Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie,
Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé,
Où dans la volupté pure le coeur se noie !
Comme vous êtes loin, paradis parfumé !


Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
- Mais le vert paradis des amours enfantines,


L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine ?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l'animer encor d'une voix argentine,
L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?

Charles Baudelaire

dimanche 26 novembre 2017

Ce n'est pas le vent qui te mène...



Il y a des moments vers lesquels on se hâte, 
comme les apôtres Pierre et Jean, 
au matin de la résurrection. 

mercredi 22 novembre 2017

vendredi 17 novembre 2017

La ballade de Jim

Pour ceux qui rêvent de Chrysler et de Pim's à l'eau sur fond de sunset...

Comme elle est partie, Jim a les nerfs 
Jimmy boit du gin dans sa Chrysler 
La presqu'île, le boulevard de la mer est con 
Comme elle est partie, attention : Jimmy tourne en rond 




Hier soir encore, son héroïne 
Le serrait si fort en disant "Jim" 
Elle était son calmant, son alcool profond 
Comme elle est partie, attention : Jimmy tourne pas rond 




Jimmy, t'es fort, mais tu pleures 
Sur le cuir de ta Chrysler 
Là-bas le soleil s'écroule dans la mer 
Jimmy, les filles pour le cœur 
Comme l'alcool et les revolvers 
C'est sauter en l'air 
Tomber par terre 
Boum ! 




Depuis deux ans, sûr, Jim bossait fort 

Pour que sa starlette bronze en hors-bord 
Avec elle, il voulait un bébé, sans rire 
Comme elle est partie, attention : Jimmy veut mourir 




Jimmy, t'es fort, mais tu pleures 
Sur le cuir de ta Chrysler 
Là-bas le soleil s'écroule dans la mer 
Jimmy, les filles pour le cœur 
Comme l'alcool et les revolvers 
C'est sauter en l'air 
Tomber par terre 
Boum ! 




Jimmy va trop vite, Jimmy pleurniche 
Il sent son parfum sur la corniche 
Les lacets, le gravier, et, dans l'air du soir 
La Chrysler s'envole dans les fougères et les nénuphars 




Jimmy s'éveille dans l'air idéal 
Le paradis clair d'une chambre d'hôpital 
L'infirmière est un ange et ses yeux sont verts 
Comme elle lui sourit, attention : Jimmy veut lui plaire 


mardi 14 novembre 2017

Désir...


Nous avons aujourd’hui un besoin urgent de miséricorde.
Besoin de la recevoir de Dieu et donc de nous reconnaître pauvres, besoin de l’exercer à notre propre égard et à l’égard de ceux qui nous entourent. Nous ne sommes pas des naïfs qui font semblant de voir le bien partout, nous ne sommes pas non plus des hypocrites qui font semblant d’ignorer le mal en eux et autour d’eux, nous sommes, nous voulons être, des réalistes qui mesurent (au moins un peu) la distance qui les sépare de la perfection que Dieu veut pour eux et qui comprennent qu’un tel abîme ne se franchit que sur les ailes de la miséricorde.
Dom Olive, Abbé de Sept-Fons

Plus de problème !


Pour les amateurs des Tontons...

dimanche 12 novembre 2017

vendredi 10 novembre 2017

jeudi 9 novembre 2017

mercredi 1 novembre 2017

Dialogue...

Contrairement à ce que l’on dit souvent, le dialogue interreligieux ne favorise pas le relativisme, mais le combat, dans la mesure où la première chose que l’on fait n’est rien de moins que proclamer sa propre foi. Je dois confesser que pour moi Jésus est le Seigneur. Je dois dire qu’il a changé ma vie. Et mon partenaire dans le dialogue devra faire la même chose. On ne peut bâtir un dialogue sur l’ambiguïté.
Nous dialoguons parce que Dieu est Lui-même « dialogue » et qu’Il n’a jamais abandonné l’humanité. « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes » (Hébreux 1, 1). Jésus Christ est l’unique sauveur, et tout homme, même s’il n’en est pas conscient, a été sauvé par Lui. Mais « l’Esprit souffle où il veut » (Jean, 3, 8) et agit en chaque personne humaine. Nous sommes donc invités à découvrir la présence de Dieu dans chaque culture, en chaque personne, en chaque homme. Ce sont les fameuses semina verbi.
Selon notre foi, Dieu est présent dans chaque homme depuis le début de son existence, donc bien avant d’appartenir à une religion. Ce Dieu est le Dieu-Trinité qui invite chacun de nous à partager sa vie. Nous sommes donc invités à entrer dans le dialogue que Dieu Lui-même a commencé.
Le mot « dialogue », en latin colloquium, apparaît pour la première fois dans un document du magistère, l’encyclique Ecclesiam suam de Paul VI. En réalité, le pape parle du colloquium salutis, c’est-à-dire du dialogue du salut dont Dieu prend l’initiative, suggérant par là que si l’Église dialogue avec l’humanité, elle le fait parce qu’elle confesse que Dieu Lui-même s’est révélé au monde à travers un processus de dialogue. Donc, pour Paul VI, la dimension de dialogue pour la révélation fonde celle du dialogue qui caractérise la mission. À noter que l’encyclique parle de colloquium salutis pour « toute l’humanité », et pas seulement avec les religions des hommes. C’est pourquoi nous confessons que Dieu a choisi, pour se révéler, la voie du dialogue avec l’humanité, et que la mission de l’Église consiste justement à prendre l’initiative de ce dialogue.
Pour nous chrétiens le centre de gravité de la dimension religieuse ne doit pas être recherché dans un livre sacré, dans des rites ou de minutieux préceptes, mais se trouve dans la personne humaine. Tout comme la pleine révélation n’est pas le livre des Écritures, mais la personne du Christ Fils de Dieu « médiateur et plénitude de toute la révélation » (Dei Verbum, 2). Cela a des conséquences sur la façon de concevoir le dialogue interreligieux. Par exemple, si nous nous intéressons au Coran, ce n’est pas pour le Coran en soi, mais pour le respect que les musulmans ont à l’égard de ce livre, où nous trouvons les réponses à leurs questions.
Si nous nous référons à l’enseignement de Jean-Paul II, à partir de l’année 1986, après la première réunion d’Assise du 27 octobre, nous avons une claire vision des fondements théologiques de l’engagement de l’Église dans le dialogue interreligieux. Je pense surtout au discours du 22 décembre à la curie romaine. Le pape développe sa réflexion en trois points. L’unité de la famille humaine : tous les hommes ont été créés à l’image et la ressemblance de Dieu, donc tout homme est un frère, toute femme une sœur, pour qui le Christ est mort (1 Corinthiens 8, 11). Il y a donc un unique dessein divin pour chaque être humain, un seul commencement et une seule fin, quels que soient la couleur de la peau, l’horizon géographique et historique, la culture dans laquelle chacun a vécu.
Après avoir parlé de l’unité de la famille humaine, Jean Paul II souligne les différences : certaines, dûes à l’histoire, doivent être surmontées ; d’autres sont une occasion pour bien connaître les traditions nationales et religieuses des autres, et être prêts à respecter ces graines du Verbe qui s’y trouvent cachées. Cela dit, le concile parle aussi dans le décret Ad gentes des non-chrétiens qui peuvent apprendre de nous les richesses que Dieu, dans sa munificence, a donné aux peuples et ensemble, à la lumière de l’Évangile, les libérer et les reconduire sous l’autorité du Dieu Sauveur.
On comprend alors mieux la vocation de l’Église au sein de l’humanité. Celle-ci a pour mission de témoigner que toutes les différences sont commandées à l’unique peuple de Dieu. Cette mission devient sacrement « c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium 1).
Le dialogue interreligieux devient une occasion d’apprentissage et de témoignage pour sa propre foi. Voilà pourquoi il me semble que les croyants ont aujourd’hui face à eux trois défis, comme a rappelé le pape François aux musulmans à Al-Azhar, au Caire, le 28 avril 2017. Le défi de l’identité : qui est mon Dieu ? Ma vie est-elle en cohérence avec mes convictions religieuses ? Le défi de l’altérité : qui pratique une religion différente de la mienne n’est pas nécessairement un ennemi, mais un pèlerin en marche vers la vérité. 3) Le défi de la sincérité : Dieu est à l’œuvre en chaque personne, et donc, à travers des chemins que Lui seul connaît. Il peut conduire les hommes qui ignorent l’évangile, sans que ce soit de leur faute, à cette foi « sans laquelle il est impossible de Lui être agréable » (Hébreux 11, 6). Voyez-vous, il ne s’agit pas de mettre entre parenthèses notre foi, de nous taire face aux discriminations, aux persécutions, dont sont victimes, dans le monde, tant de nos frères dans la foi.
La Révolution française de 1789 a cherché à organiser une société sans Dieu. Les grandes idéologies du siècle dernier, le marxisme et le nazisme, avaient pour but d’organiser la société contre Dieu et, dans les années soixante-dix, quand les religions étaient encore une réalité majoritaire, on chercha à les privatiser. On pouvait être croyants, mais il ne fallait pas que ça se voit. Le grand paradoxe c’est que si Dieu est de retour sur la scène des sociétés occidentales (en vérité il n’en est jamais sorti) c’est grâce aux musulmans. Ce sont les musulmans qui ont demandé un espace pour édifier leurs mosquées, par rapport à leurs rites, un espace pour Dieu dans la société.
Malheureusement le fondamentalisme et le terrorisme ont été assimilés à tort à la religion musulmane. Il ne s’agit pas bien entendu du vrai Islam, pratiqué par la très grande majorité des adeptes de cette religion. Les religions sont capables du pire ou du meilleur, peuvent se mettre au service d’un projet de sainteté ou d’aliénation, peuvent prêcher la paix ou la guerre. Donc je pose la question : le dialogue interreligieux est-il un risque ou une opportunité ?
Certainement, avec le dialogue je prends un risque et je l’assume : je ne renonce pas à ma foi, mais j’accepte de me faire interpeller par les convictions des autres, de considérer des arguments autres que les miens. Toute religion a son identité, mais j’accepte de considérer que Dieu est à l’œuvre en tous, dans l’âme de ceux qui le cherchent sincèrement. Il ne s’agit pas de vouloir écrire une religion universelle, ou de chercher le « plus petit dénominateur commun religieux ». La clarté est la première condition pour que le dialogue interreligieux soit fécond. Tout croyant doit être conscient de sa propre identité spirituelle. Donc, d’après moi, quand on fait cela, le risque de relativisme n’existe pas. En revanche, le dialogue interreligieux est une opportunité providentielle pour approfondir sa propre foi avec une catéchèse appropriée, et pour connaître les religions des autres.
Le dialogue ne naît donc pas d’une tactique, n’est pas une tactique, mais part d’un profond respect pour tout ce que l’Esprit, qui souffle où il veut, a réalisé en l’homme. Le dialogue interreligieux mobilise donc tous ceux qui sont en marche vers Dieu ou vers l’Absolu. Nous croyons que la recherche à tâtons de Dieu répond aux desseins de la Providence et, pour éliminer toute suspicion de relativisme, nous ne disons pas que toutes les religions enseignent la même chose, mais que tous les croyants et chercheurs de Dieu ont la même dignité. Pensant, en particulier, aux difficultés que rencontre le dialogue avec les musulmans, très souvent, les problèmes sont dus à l’ignorance des deux parties, et l’ignorance engendre la peur. Pour vivre ensemble, on doit regarder celui qui est diffèrent de nous avec une curiosité bienveillante, avec estime et le désir de marcher ensemble. La présence massive des musulmans dans nos sociétés peut être providentielle parce qu’elle nous pousse à être plus transparents, à ne pas avoir peur de montrer que nous sommes chrétiens et de témoigner notre foi.
Cardinal Jean Louis Tauran

L'Eglise des Saints

« Car l'heure des saints vient toujours. Notre Église est l'église des saints. Qui s'approche d'elle avec méfiance ne croit voir que des portes closes, des barrières et des guichets, une espèce de gendarmerie spirituelle. Mais notre Église est l'église des saints. Pour être un saint, quel évêque ne donnerait son anneau, sa mitre, sa crosse, quel cardinal sa pourpre, quel pontife sa robe blanche, ses camériers, ses suisses et tout son temporel ? Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l'a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine. Notre Église est l'église des saints. Mais qui se met en peine des saints ? On voudrait qu'ils fussent des vieillards pleins d'expérience et de politique, et la plupart sont des enfants. Or l'enfance est seule contre tous. 
Les malins haussent les épaules, sourient : quel saint eut beaucoup à se louer des gens d'église ? 
Hé ! Que font ici les gens d'église ! Pourquoi veut-on qu'ait accès aux plus héroïques des hommes tel ou tel qui s'assure que le royaume du ciel s'emporte comme un siège à l'Académie, en ménageant tout le monde ? Dieu n'a pas fait l'Église pour la prospérité des saints, mais pour qu'elle transmît leur mémoire, pour que ne fût pas perdu, avec le divin miracle, un torrent d'honneur et de poésie. Qu'une autre église montre ses saints ! La nôtre est l'Église des saints. À qui donneriez-vous à garder ce troupeau d'anges ? La seule histoire, avec sa méthode sommaire, son réalisme étroit et dur, les eût brisés. Notre tradition catholique les emporte, sans les blesser, dans son rythme universel. Saint Benoît avec son corbeau, saint François avec sa mandore et ses vers provençaux, Jeanne avec son épée, Vincent avec sa pauvre soutane, et la dernière venue, si étrange, si secrète, suppliciée par les entrepreneurs et les simoniaques, avec son incompréhensible sourire — Thérèse de l'Enfant Jésus. Souhaiterait-on qu'ils eussent tous été, de leur vivant, mis en châsse ? assaillis d'épithètes ampoulées, salués à genoux, encensés ? De telles gentillesses sont bonnes pour les chanoines. Ils vécurent, ils souffrirent comme nous. Ils furent tentés comme nous. Ils eurent leur pleine charge et plus d'un, sans la lâcher, se coucha dessous pour mourir. Quiconque n'ose encore retenir de leur exemple la part sacrée, la part divine, y trouvera du moins la leçon de l'héroïsme et de l'honneur. 
Mais qui ne rougirait de s'arrêter si tôt, de les laisser poursuivre seuls leur route immense ? Qui voudrait perdre sa vie à ruminer le problème du mal, plutôt que de se jeter en avant ? Qui refusera de libérer la terre ? 


Notre Église est l'église des saints. 
Tout ce grand appareil de sagesse, de force, de souple discipline, de magnificence et de majesté n'est rien de lui-même, si la charité ne l'anime. Mais la médiocrité n'y cherche qu'une assurance solide contre les risques du divin. Qu'importe ! Le moindre petit garçon de nos catéchismes sait que la bénédiction de tous les hommes d'Église ensemble n'apportera jamais la paix qu'aux âmes déjà prêtes à la recevoir, aux âmes de bonne volonté. Aucun rite ne dispense d'aimer. 
Notre Église est l'église des saints. 
Nulle part ailleurs on ne voudrait imaginer seulement telle aventure, et si humaine, d'une petite héroïne qui passe un jour tranquillement du bûcher de l'inquisiteur en Paradis, au nez de cent cinquante théologiens. « Si nous sommes arrivés à ce point, écrivaient au pape les juges de Jeanne, que les devineresses vaticinant faussement au nom de Dieu, comme certaine femelle prise dans les limites du diocèse de Beauvais, soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs et les docteurs, c'en est fait, la religion va périr, la foi s'écroule, l'Église est foulée aux pieds, l'iniquité de Satan dominera le monde !... » Et voilà qu'un peu moins de cinq cents ans plus tard l'effigie de la devineresse est exposée à Saint-Pierre de Rome — il est vrai peinte en guerrière, sans tabart ni robe fendue ! — et à cent pieds au-dessous d'elle, Jeanne aura pu voir un minuscule homme blanc, prosterné, qui était le pape lui-même. 
Notre Église est l'église des saints. 
Du Pontife au gentil clergeon qui boit le vin des burettes, chacun sait qu'on ne trouve au calendrier qu'un très petit nombre d'abbés oratoires et de prélats diplomates. Seul peut en douter tel ou tel bonhomme bien-pensant, à gros ventre et à chaîne d'or, qui trouve que les saints courent trop vite et souhaiterait d'entrer au paradis à petit pas, comme au banc d'œuvre, avec le curé son compère. 
Notre Église est l'église des saints. 
Nous respectons les services d'intendance, la prévôté, les majors et les cartographes, mais notre cœur est avec les gens de l'avant, notre cœur est avec ceux qui se font tuer. Nul d'entre nous portant sa charge — patrie, métier, famille, — avec nos pauvres visages creusés par l'angoisse, nos mains dures, l'énorme ennui de la vie quotidienne, du pain de chaque jour à défendre, et l'honneur de nos maisons, nul d'entre nous n'aura jamais assez de théologie pour devenir seulement chanoine. Mais nous en savons assez pour devenir des saints. Que d'autres administrent en paix le royaume de Dieu ! Nous avons déjà trop à faire d'arracher chaque heure du jour, une par une, à grand-peine, chaque heure de l'interminable jour, jusqu'à l'heure attendue, l'heure unique où Dieu daignera souffler sur sa créature exténuée, ô Mort si fraîche, ô seul matin ! Que d'autres prennent soin du spirituel, argumentent, légifèrent : nous tenons le temporel à pleines mains, nous tenons à pleines mains le royaume temporel de Dieu. Nous tenons l'héritage des saints. Car depuis que furent bénis avec nous la vigne et le blé, la pierre de nos seuils, le toit où nichent les colombes, nos pauvres lits pleins de songe et d'oubli, la route où grincent les chars, nos garçons au rire dur et nos filles qui pleurent au bord de la fontaine, depuis que Dieu lui-même nous visita, est-il rien en ce monde que nos saints n'aient dû reprendre, est-il rien qu'ils ne puissent donner ? »
Georges Bernanos, in Jeanne relapse et sainte


dimanche 29 octobre 2017

Amen !


« Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent. » Mt 5,44
St Augustin nous donne à ce sujet des explications éclairantes, à mon sens : il porte l'exemple d'un bois de chêne non dégrossi qu'un habile artisan ramasse dans la forêt, parce que « son art lui fait voir ce que ce bois peut devenir... Il aime en lui ce qu'il en fera, non le bois brut. » Ainsi, dans nos ennemis, nous n'aimons pas ce qu'ils sont maintenant, mais ce qu'ils pourront devenir un jour par la grâce de Dieu et par notre prière. Et surtout, nous ne devons pas négliger la fin de cette petite phrase, « Tu aimeras ton prochain » : « Comme toi-même », est-il dit. Il ne s'agit pas d'entendre ces mots comme un prétexte pour légitimer notre égoïsme. C'est un grand romancier chrétien, Georges Bernanos, qui nous donne la clé pour bien les comprendre. Voilà ce qu'il écrit, avec une profondeur admirable : « Il est plus facile que l'on croit de se haïr. La grâce est de s'oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s'aimer humblement soi-même, comme n'importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ. »


Soupir...


La paix du soir près de l'Eguille sur Seudre

Philosophie maritime

Au hasard des rues de Boucefranc le Chapus, dans le vieux quartier débouchant sur un petit port du XV ème siècle, ces quelques billets laissés il y a quelques temps par un inspiré d'un jour pour des passants du moment...
Partage.




jeudi 12 octobre 2017

lundi 9 octobre 2017

Tribute to Jean Rochefort 2

Parce que c'est trop cool la littérature !

Tribute to Jean Rochefort

mercredi 4 octobre 2017

Poverello


Etre pauvre pour être frère...
Avoir les mains libres...
Pour une oeuvre de réconciliation

dimanche 17 septembre 2017

mercredi 13 septembre 2017