mardi 27 septembre 2016

Les experts Miami...


... comme si on y était !

lundi 12 septembre 2016

mardi 6 septembre 2016

ça déménage !


Je dois plier bagage
Puisqu'aujourd'hui je déménage
Mes habitudes font naufrage
Puisque je déménage
Attention au carnage
Puisqu'aujourd'hui je déménage !


samedi 3 septembre 2016

Brise légère...


Des fleurs fines et mousseuses comme l'écume
Poussaient au bord de nos chemins
Le vent tombait et l'air semblait frôler tes mains 
Et tes cheveux avec des plumes.

L'ombre était bienveillante à nos pas réunis
En leur marche, sous le feuillage ;
Une chanson d'enfant nous venait d'un village 
Et remplissait tout l'infini.

Nos étangs s'étalaient dans leur splendeur d'automne
Sous la garde des longs roseaux
Et le beau front des bois reflétait dans les eaux 
Sa haute et flexible couronne.

Et tous les deux, sachant que nos coeurs formulaient
Ensemble une même pensée,
Nous songions que c'était notre vie apaisée
Que ce beau soir nous dévoilait.

Une suprême fois, tu vis le ciel en fête
Se parer et nous dire adieu ;
Et longtemps et longtemps tu lui donnas tes yeux
Pleins jusqu'aux bords de tendresses muettes.

vendredi 2 septembre 2016

Quelques vacheries...

... Mais elles sont lues par Catherine Deneuve. Alors...

video

jeudi 1 septembre 2016

Dévorer la littérature...

Un photographe, Charles Roux, a eu l'idée de recomposer et de photographier des festins présents dans la littérature.
Florilège. 
Bon appétit !


Alice au pays des merveilles. Lewis Carroll


Du côté de chez Swann. Marcel Proust


Jane Eyre. Charlotte Brontë


Le monde de Narnia. Clive Staples Lewis


Le Petit Chaperon Rouge. Charles Perrault


Moby Dick. Herman Melville

une seconde pour la route...


mercredi 31 août 2016

mardi 30 août 2016

Au feu !

"Notre vocation est d’aller enflammer le coeur des hommes, de faire ce que fit le Fils de Dieu, Lui qui vint porter le feu dans le monde pour l’enflammer de son amour. Que pouvons-nous désirer d’autre sinon qu’il brûle et consume tout ? 
Il est donc vrai que je suis envoyé non seulement pour aimer Dieu, mais pour le faire aimer.
Il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime pas de même. Je dois aimer mon prochain, fait à l’image de Dieu et objet de son amour, et tout faire, pour qu’à leur tour, les hommes aiment leur Créateur qui les reconnaît et les considère comme ses frères, qu’il a sauvés; et faire en sorte que, par la charité réciproque, ils s’aiment les uns les autres par amour de Dieu, qui les a aimés jusqu’à abandonner à la mort son propre Fils pour eux. C’est cela mon devoir.
Et bien, s’il est vrai que nous sommes appelés à porter au loin et à proximité l’amour de Dieu, que nous devons en enflammer les nations, si notre vocation est d’aller répandre ce feu divin dans le monde entier, s’il en est ainsi, dis-je, s’il en est vraiment ainsi, mes frères, combien me faut-il moi-même brûler de ce feu divin !

St Vincent de Paul
in Conférences aux prêtres de la Mission

lundi 22 août 2016

Il y a 346 ans...

Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! 
Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le coeur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète : le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d'étonnement.
Mais et les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le Roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements. Alors ils pouvaient dire l'un et l'autre, avec saint Ambroise : Stringebam brachia, sed jam amiseram quam tenebam : « je serrais les bras ; mais j'avais déjà perdu ce que je tenais ».
Bossuet
Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans
prononcée à Saint-Denis le 21 août, 1670

mardi 9 août 2016



L'air du soir soulève le rideau
Brise légère
Traverser la brume
Accéder au plein soleil
Respirer le parfum des roses
Et ne rien dire...
Attendre
Ouvrir les mains
Saisir celle qui vient
Recommencer à sourire
Au delà de l'infinie tristesse




mardi 2 août 2016

Gravé sur le sable...

La plage est un recueil de morceaux (pas toujours) choisis... Une vaste étendue couverte de sable fin et de ci de là posés comme des hasards, des groupes de bipèdes plus ou moins avachis, plus ou moins brûlés, plus ou moins digérant les moules de midi.
une famille anglaise ayant traversé le Channel à ses risques et périls expose une blancheur laiteuse au soleil éclatant. Nul doute que bientôt le blanc va virer au rouge écrevisse... Le charmant bambin creuse (mais pourquoi creuse - t - il ? me direz vous) avec constance et une petite pelle jaune vif, il en met partout sinon ça ne serait pas drôle. Soudain on l'entend piauler : "on the other side". Oui baby chéri, your home is on the other side. I'm agree with you. En attendant, il creuse, sans doute pour permettre à Granny de s'éclafouérer et permettre ainsi à l'héritage de chuter plus vite dans l'escarcelle de Daddy qui a tellement de mérite le pauvre, pour surveiller la marmaille remuante.
Passage du maître nageur, grand et filiforme. Mais que mangent donc ces types pour être d'une telle platitude ? Des feuilles d'arbres comme les girafes ? Mystère...
Insensiblement la mer monte... Le trou de baby chéri est à présent noyé, adieu l'héritage ! Granny est sauvée jusqu'à demain !
Et en repartant, on tombe sur ça :


Des pancakes spirituels ! En quoi ces gros machins spongieux et gorgés de graisse peuvent-ils être spirituels ? Un grand saint en a-t-il fait ses délices ? Un peu comme si Thérèse d'Avila en avait becqueté un entre deux jeûnes ou Jean de la Croix entre deux chapitres de la Montée au Carmel. Ne plaisantons pas !
Mais ce n'est pas fini, sur le panneau, il y a aussi ça : 


En dehors du fait que l'orthographe laisse à désirer, je laisse à chacun l'appréciation de la profondeur du propos.
Et en bouquet final : 


Jane Birkin a dû rédiger le menu c'est une certitude ! 
Une terrible envie tout de même de gribouiller à la hâte : 

Joan of Arc is the best, saperlipopette !

samedi 30 juillet 2016

C’est moi qui gagne !

Une image est restée, très forte. Je me vois arrivant à Dachau après ce voyage de désolation. Les relations humaines ne sont encore établies. C’est le premier jour de la quarantaine. Un peu de soleil brille au pied d’un mirador ; en haut du mirador, cet homme casqué, à l’insigne de mort des SS, armé de sa mitraillette, qui est devant moi. Ce type a une peur absolue d’être envoyé en Russie, et il est prêt à tout pour y échapper. D’une certaine façon, j’ai envie de lui dure : « C’est moi qui gagne ! »
L’univers de la destruction m’apparaît là dans sa violence et en même temps comme frappé d’une grande fragilité. Ce SS armé, bardé de cuir, cet ordre métallique, cette conscience falsifiée, enfin cette construction est une déconstruction. Tel que je suis là, il ne peut rien contre moi. Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu, ils m’ont presque dépouillé de mon corps ; le reste, je le trouve intact. Je puis librement dire : « Je crois en Dieu. » Je puis librement dire : « Vive la vie ! » Tandis que lui, là-haut, est déjà détruit par sa déconstruction. Il peut abréger la vie de mon corps, mais n’importe comment elle finira, cela fait partie de ma vie humaine. Cet homme ne peut même plus me dire un mot. Il est isolé dans sa puissance, et moi je continue à penser ce que je suis et même un peu plus qu’avant.

Cette expérience est pour moi l’analogue de ce que j’essaie de décrire à longueur de vie comme l’expérience de la grâce, l’expérience du Dieu incompréhensible qui m’est donné. Je fais cette expérience, mais je suis éternellement en panne pour la décrire ! Cette expérience me suggère, je le dis humblement, lenada, de saint Jean de la Croix. En tous cas, elle fait que je le lis avec moins d’étonnement. Le Dieu « en toutes choses » de saint Ignace est du même ordre. Dieu, contraire du rien, plus immense, plus démesuré dans sa présence, est là.

Jacques Sommet, L’honneur de la liberté, Centurion, 
1987, Paris, p. 123

vendredi 29 juillet 2016

Témoignage




- "As-tu peur de mourir ?
– Non
– Pourquoi ?
– Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse"

jeudi 21 juillet 2016

mardi 12 juillet 2016

Pourquoi Dieu se cache-t-il ?

Pourquoi Dieu se cache-t-il ? Dans de nombreux pays du monde, Dieu est reconnu. En France Dieu se cache. Je m’en étonne : nombreux sont les femmes et les hommes qui ignorent sa présence. 

Toute la Bible est habitée par cette question : « Pourquoi es-tu un Dieu qui te cache ? » Il semble tellement évident à l’homme que si Dieu était plus visible, les gens viendraient plus vers lui et la face du monde en serait changée. Toute la Bible est habitée par cette question. Le prophète Isaïe confesse de manière sublime : « vraiment tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël Sauveur ! » Caché et Sauveur, voilà deux qualités inséparables du Dieu de la Bible. Nous vivons dans le monde du visible, et Dieu est par nature invisible.

Mais pourquoi Dieu se cache-t-il ? Ce qui change tout pour le chrétien, c’est quand il réalise que sur les 33 ans que Jésus Christ a passé sur la terre, il a vécu 30 ans caché. 30 ans caché sur 33 ans sur terre. Ça change tout ! Il est vraiment présent. Vraiment sauveur. Mais vraiment caché !

Chacun est au rendez-vous d’une décision. Une collégienne m’a exprimé sa décision de croire, précisément au moment où elle a été confrontée à la mort d’un camarade de classe en 4ème : « Allan était dans ma classe en 4ème et après les vacances de Pâques, on nous a dit qu’il avait une leucémie. Il se battait et nous on lui envoyait des mails pour l’encourager ; pour le faire rire et l’aider. Il s’est battu jusqu’à la fin. Je n’ai rien compris, mais j’ai décidé d’être heureuse tant que j’en avais la possibilité, parce qu’on n’a jamais assez de temps pour être heureux ».

Pourquoi Dieu se cache-t-il ? Afin que l’homme continue à le chercher. Il y a une tentation : ne croire que ce que je vois. Comme St Thomas ! le secret, c’est d’oser croire qu’il est présent alors je ne le vois pas. « Parce que tu as vu tu crois – dit Jésus à St Thomas – heureux celui qui croit sans voir ! »

Mgr Renauld de Dinechin

mardi 5 juillet 2016

Sport... comme disait Churchill !

Le Tour de France au Palais sur Vienne passe au pied du presbytère...


Les premiers...


 Le gros du peloton... (Qui est gros ?)


Les derniers...

mercredi 29 juin 2016

Prière pour les prêtres en cette solennité des Saints Pierre et Paul

Seigneur Jésus, nous te confions tous les prêtres que nous connaissons, tous ceux que nous avons rencontrés, tous ceux qui nous ont aidés, tous ceux que tu nous donnes aujourd’hui comme pères.
Tu as appelé chacun par son nom ; pour chacun, nous te louons et nous te supplions. Garde-les dans la fidélité à ton nom, toi qui les as consacrés pour qu’en ton nom, ils soient nos pasteurs. Donne-leur force, confiance et joie pour accomplir leur mission.

Que l’Eucharistie qu’ils célèbrent les nourrisse et leur donne le courage de s’offrir avec toi pour les brebis que nous sommes. Qu’ils soient plongés dans ton cœur de miséricorde pour qu’ils soient toujours les témoins de ton pardon. Qu’ils soient de vrais adorateurs du Père pour qu’ils nous enseignent le véritable chemin de la sainteté.

Père, avec eux, nous nous offrons au Christ pour l’Église : qu’elle soit missionnaire dans le souffle de ton Esprit ; apprends-nous simplement à les aimer, à les respecter et à les recevoir comme un don qui vient de ta main, pour qu’ensemble nous accomplissions davantage ton œuvre pour le salut de tous.

Amen

mercredi 22 juin 2016

Un texte qui tombe au bon moment...

Souffrir avec l'autre, pour les autres ; souffrir par amour de la vérité et de la justice ; souffrir à cause de l'amour et pour devenir une personne qui aime vraiment – ce sont des éléments fondamentaux d'humanité ; leur abandon détruirait l'homme lui-même. Mais encore une fois surgit la question : en sommes-nous capables ? L'autre est-il suffisamment important pour que je devienne pour lui une personne qui souffre ? La vérité est-elle pour moi si importante pour payer la souffrance ? La promesse de l'amour est-elle si grande pour justifier le don de moi-même ? À la foi chrétienne, dans l'histoire de l'humanité, revient justement ce mérite d'avoir suscité dans l'homme d'une manière nouvelle et à une profondeur nouvelle la capacité de souffrir de la sorte, qui est décisive pour son humanité. La foi chrétienne nous a montré que vérité, justice, amour ne sont pas simplement des
idéaux, mais des réalités de très grande densité. Elle nous a montré en effet que Dieu – la Vérité et l'Amour en personne – a voulu souffrir pour nous et avec nous. Bernard de Clairvaux a forgé l'expression merveilleuse : Impassibilis est Deus, sed non incompassibilis, Dieu ne peut pas souffrir, mais il peut compatir. L'homme a pour Dieu une valeur si grande que Lui-même s'est fait homme pour pouvoir compatir avec l'homme de manière très réelle, dans la chair et le sang, comme cela nous est montré dans le récit de la Passion de Jésus. De là, dans toute souffrance humaine est entré quelqu'un qui partage la souffrance et la patience ; de là se répand dans toute souffrance la consolatio ; la consolation de l'amour qui vient de Dieu et ainsi surgit l'étoile de l'espérance. Certainement, dans nos multiples souffrances et épreuves nous avons toujours besoin aussi de nos petites ou de nos grandes espérances – d'une visite bienveillante, de la guérison des blessures internes et externes, de la solution positive d'une crise, et ainsi de suite. Dans les petites épreuves, ces formes d'espérance peuvent aussi être suffisantes. Mais dans les épreuves vraiment lourdes, où je dois faire mienne la décision définitive de placer la vérité avant le bien-être, la carrière, la possession, la certitude de la véritable, de la grande espérance, dont nous avons parlé, devient nécessaire. Pour cela nous avons aussi besoin de témoins, de martyrs, qui se sont totalement donnés, pour qu'ils puissent nous le montrer – jour après jour. Nous en avons besoin pour préférer, même dans les petits choix de la vie quotidienne, le bien à la commodité – sachant que c'est justement ainsi que nous vivons vraiment notre vie. Disons-le encore une fois : la capacité de souffrir par amour de la vérité est la mesure de l'humanité ; cependant, cette capacité de souffrir dépend du genre et de la mesure de l'espérance que nous portons en nous et sur laquelle nous construisons. Les saints ont pu parcourir le grand chemin de l'être-homme à la façon dont le Christ l'a parcouru avant nous, parce qu'ils étaient remplis de la grande espérance.
Benoît XVI
Spe Salvi n° 39

samedi 18 juin 2016

Youpi !!!

Toute âme même chargée de péchés, empêtrée dans le vice, attrapée par les séductions, captive dans l’exil, emprisonnée dans un corps, collée à la boue, enfoncée dans la fange, prisonnière de ses membres, dévorée de soucis, distraite par les affaires, repliée sur ses angoisses, affligée de douleurs, égarée dans l’erreur, angoissée par les préoccupations, inquiète et soupçonneuse, et, en plus, étrangère en pays ennemi et qui, selon le prophète, pourrit déjà en compagnie des morts et se trouve renvoyée avec ceux qui sont en enfer, toute âme, dis-je, même damnée et en proie au désespoir, toute âme peut trouver en elle non seulement de quoi respirer dans l’espoir de pardon et de miséricorde, mais encore de quoi oser aspirer aux noces du Verbe, de quoi ne pas craindre de conclure avec Dieu un pacte de communion, et de porter avec le Roi des anges le joug suave de l’amour.
St Bernard de Clairvaux
Sermons sur le Ct 83, 1


vendredi 17 juin 2016

Rayé !


L'avoir dans son moteur c'est polluant...


                ... Et sur fond blanc c'est du plus bel effet...



Laudato si en actes !


jeudi 9 juin 2016

Homélie du Pape François pour le jubilé des prêtres

Célébrant le Jubilé des Prêtres en la Solennité du Sacré Cœur de Jésus, nous sommes appelés à viser au cœur, c’est-à-dire à l’intériorité, aux racines les plus fortes de la vie, au noyau des affections, en un mot, au centre de la personne. Et aujourd’hui, nous tournons le regard vers deux cœurs : le Cœur du Bon Pasteur et notre cœur de pasteurs.
Le Cœur du Bon Pasteur n’est pas seulement le Cœur qui a de la miséricorde pour nous, mais la miséricorde elle-même. Là resplendit l’amour du Père ; là je me sens sûr d’être accueilli et compris comme je suis ; là, avec toutes mes limites et mes péchés, je goûte la certitude d’être choisi et aimé. En regardant ce Cœur, je renouvelle le premier amour : la mémoire du moment où le Seigneur m’a touché dans l’âme et m’a appelé à le suivre, la joie d’avoir jeté les filets de la vie sur sa Parole (cf. Lc 5, 5). 
Le Cœur du Bon Pasteur nous dit que son amour n’a pas de frontières, il ne se fatigue jamais et ne se rend jamais. Là nous voyons sa manière continuelle de se donner, sans limites ; là nous trouvons la source de l’amour fidèle et doux, qui laisse libres et rend libres ; là nous redécouvrons chaque fois que Jésus nous aime « jusqu’au bout » (Jn 13, 1) – il ne s’arrête pas avant, jusqu’à la fin, – sans jamais s’imposer.
Le Cœur du Bon Pasteur est penché vers nous, « polarisé » spécialement envers celui qui est plus distant ; là pointe obstinément l’aiguille de sa boussole, là se révèle une faiblesse d’amour particulier, parce qu’il désire rejoindre chacun et n’en perdre aucun.
Devant le Cœur de Jésus naît l’interrogation fondamentale de notre vie sacerdotale : où est orienté mon cœur ? Question que nous prêtres devons nous poser de nombreuses fois, chaque jour, chaque semaine : où est orienté mon cœur ? Le ministère et souvent rempli de multiples initiatives, qui l’exposent sur de nombreux fronts : de la catéchèse à la liturgie, à la charité, aux engagements pastoraux et aussi administratifs. Parmi tant d’activités demeure la question : où est fixé mon cœur ? Il me vient à la mémoire cette prière si belle de la Liturgie : « Ubi vera sunt gaudia… ». Où pointe-t-il, quel trésor cherche-t-il ? Parce que dit Jésus – « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). Il y a des faiblesses en nous tous, et aussi des péchés. Mais allons au fond, à la racine : où est la racine de nos faiblesses, de nos péchés, c’est-à-dire où est vraiment ce « trésor » qui nous éloigne du Seigneur ?
Les trésors irremplaçables du Cœur de Jésus sont deux : le Père et nous. Ses journées se passaient entre la prière au Père et la rencontre avec les gens. Pas la distance, la rencontre. Le cœur du pasteur du Christ lui aussi connaît seulement deux directions : le Seigneur et les gens. Le cœur du prêtre est un cœur transpercé par l’amour du Seigneur ; pour cela il ne se regarde plus lui-même – il ne devrait pas se regarder lui-même – mais il est tourné vers Dieu et vers les frères. Ce n’est plus « un cœur instable », qui se laisse attirer par la suggestion du moment ou qui va çà et là en cherchant des consensus et de petites satisfactions. C’est au contraire un cœur établi dans le Seigneur, captivé par l’Esprit Saint, ouvert et disponible aux frères. Et là il résout ses péchés.
Pour aider notre cœur à brûler de la charité de Jésus Bon Pasteur, nous pouvons nous entraîner à faire nôtre trois actions, que les Lectures d’aujourd’hui nous suggèrent : chercher, inclure et se réjouir.
Chercher. Le prophète Ézéchiel nous a rappelé que Dieu lui-même cherche ses brebis (34, 11.16). L’Évangile dit, « il va chercher celle qui est perdue » (Lc 15, 4), sans se laisser effrayer par les risques ; sans délai il s’aventure hors des endroits du pâturage et hors des horaires de travail. Et il ne se fait pas payer les “extras”. Il ne renvoie pas la recherche, il ne pense pas « aujourd’hui j’ai déjà fait mon devoir, et éventuellement je m’en occuperai demain », mais il se met tout de suite à l’œuvre ; son cœur est inquiet tant qu’il n’a pas retrouvé cette unique brebis perdue. L’a-t-il trouvée, il oublie la fatigue et il la charge sur ses épaules tout content. Parfois il doit sortir pour la chercher, lui parler, la persuader ; d’autres fois il doit demeurer devant le tabernacle, luttant avec le Seigneur pour cette brebis.
Voilà le cœur qui cherche : c’est un cœur qui ne privatise pas les temps et les espaces. Gare aux pasteurs qui privatisent leur ministère ! Il n’est pas jaloux de sa légitime tranquillité – je dis légitime, même de celle-là – et il n’exige jamais de ne pas être dérangé. Le pasteur selon le cœur de Dieu ne défend pas ses propres aises, il n’est pas préoccupé de conserver sa bonne réputation, mais il sera calomnié, comme Jésus. Sans craindre les critiques, il est disposé à risquer même d’imiter son Seigneur. « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute… » (Mt 5, 11)
Le Pasteur selon Jésus a le cœur libre pour laisser ses affaires, il ne vit pas en tenant les comptes de ce qu’il a et des heures de service : il n’est pas un comptable de l’esprit, mais un bon samaritain à la recherche de celui qui a besoin. C’est un pasteur, non un inspecteur du troupeau, et il se dévoue à la mission non à cinquante ou soixante pour cent, mais avec tout lui-même. Allant à la recherche, il trouve, et il trouve parce qu’il risque. Si le pasteur ne risque pas, il ne trouve pas. Il ne s’arrête pas après les déceptions et il ne se rend pas dans les fatigues ; il est en effet, obstiné dans le bien, oint de la divine obstination que personne ne se perde. Pour cela, non seulement il tient les portes ouvertes, mais il sort à la recherche de celui qui ne veut plus entrer par la porte. Et comme tout bon chrétien et comme exemple pour tout chrétien, il est toujours en sortie de soi. L’épicentre de son cœur se trouve hors de lui : il est un décentré de lui-même, centré seulement en Jésus. Il n’est pas attiré par son moi, mais par le Tu de Dieu et par le nous des hommes.
Deuxième parole : inclure. Le Christ aime et connaît se brebis, il donne sa vie pour elles et aucune ne lui est étrangère (cf. Jn 10, 11-14). Son troupeau est sa famille et sa vie. Il n’est pas un chef craint par les brebis, mais il est le Pasteur qui marche avec elles et les appelle par leur nom (cf. Jn 10, 3-4). Et il désire rassembler les brebis qui ne demeurent pas encore avec Lui (cf. Jn 10, 16).
Ainsi également le prêtre du Christ : il est oint pour le peuple, pas pour choisir ses propres projets, mais pour être proche des gens concrets que Dieu, par l’Église, lui a confiés. Personne n’est exclu de son cœur, de sa prière et de son sourire. Avec un regard aimable et un cœur de père, il accueille, il inclut et, quand il doit corriger, c’est toujours pour approcher ; il ne méprise personne, mais il est prêt à se salir les mains pour tous. Le Bon Pasteur ne connaît pas les gants. Ministre de la communion qu’il célèbre et qu’il vit, il n’attend pas les salutations et les compliments des autres, mais il tend la main en premier, rejetant les bavardages, les jugements et les venins. Il écoute les problèmes avec patience et il accompagne les pas des personnes, accordant le pardon divin avec une généreuse compassion. Il ne gronde pas celui qui laisse ou qui perd la route, mais il est toujours prêt à réinsérer et à calmer les querelles. C’est un homme qui sait inclure.
Se réjouir. Dieu est « tout joyeux » (Lc 5, 5) : sa joie naît du pardon, de la vie qui renaît, du fils qui respire à nouveau l’air de la maison. La joie de Jésus Bon Pasteur n’est pas une joie pour soi, mais c’est une joie pour les autres et avec les autres, la vraie joie de l’amour. C’est aussi la joie du prêtre. Il est transformé par la miséricorde qui donne gratuitement. Dans la prière il découvre la consolation de Dieu et il expérimente que rien n’est plus fort que son amour. Pour cela, il est serein intérieurement, et il est heureux d’être un canal de miséricorde, d’approcher l’homme au Cœur de Dieu. La tristesse pour lui n’est pas normale, mais seulement passagère : la dureté lui est étrangère, parce qu’il est pasteur selon le Cœur doux de Dieu.
Chers prêtres, dans la célébration eucharistique nous retrouvons chaque jour notre identité de pasteurs. Chaque fois nous pouvons faire véritablement nôtre ses paroles « ceci est mon corps offert en sacrifice pour vous ». C’est le sens de notre vie, ce sont les paroles avec lesquelles, dans un certain sens, nous pouvons renouveler quotidiennement les promesses de notre Ordination. Je vous remercie pour votre « oui », et pour de nombreux « oui » cachés de tous les jours, que seul le Seigneur connaît. Je vous remercie pour votre « oui » à donner la vie unis à Jésus : là se tient la source pure de notre joie.

lundi 30 mai 2016

Sortir des ombres...

J’étais parti pour revoir un de ces films « qui bougent » qui font passer une bonne soirée à peu de frais. Et puis au détour des boitiers de DVD, j’aperçois « l’Armée des ombres » d’après le magnifique roman de Joseph Kessel.
Soit, c’est parti pour une époque sombre avec des étoiles dans la ténèbre. Je revois avec bonheur ces personnages héros de la loyauté ordinaire, le visage angélique de la trahison aussi. Une certaine idée de la France…


Mathilde, le Bison, Le Masque, Félix, le Marquis de la Ferté Talloire… des visages et des actes. Je me souviens de l’enfant que j’étais et qui regardait un peu héberlué ces gens se battre pour un idéal, leur patrie, leurs idées. Le sens profond de l’existence était là je le sentais bien. Tant de films sur la résistance m'ont donné à contempler le visage de la fidélité secrète et de la grandeur d'âme. 
L’autre force du film vient sans doute des comédiens. On le sait, Melville avait souvent des rapports conflictuels avec ceux-ci. Par exemple, il n’adressait plus la parole à Lino Ventura, et les deux hommes communiquaient seulement par assistants interposés, le réalisateur faisant tout pour agacer son interprète principal. Méthode contestable sans doute, pourtant le résultat est là : Lino Ventura n’a jamais été aussi bon que dans L’Armée des ombres, où il est stupéfiant de colère rentrée. On pourrait en dire tout autant de la performance de Paul Meurisse, impeccable en statue du commandeur, transposition évidente - entre autres - de Jean Moulin.
L'instituteur catholique et l'électricien communiste, symboles d'une unité nationale recomposée invite à méditer les sources de nos actions politiques au service de la Cité. L’Armée des ombres n’a rien d’une œuvre militante : aucun parti ni section n’est cité, le seul communiste déclaré est le jeune électricien pour lequel Gerbier se prend d’affection, tout en le qualifiant d’« enfant perdu ». Les soldats de L’Armée des ombres obéissent à des codes indicibles et immuables, ils n’agissent pas par idéologie mais parce qu’ils doivent le faire. 
Parce qu'il doivent le faire... 
Ce n'est pas la Ste Jeanne d'Arc aujourd'hui ?

mardi 10 mai 2016

vendredi 6 mai 2016

L'Europe, l'Europe... Discours du Pape François lors de la remise du prix Charlemagne.

Honorables invités,

Je vous souhaite la bienvenue et je vous remercie de votre présence. Je suis reconnaissant, en particulier, à Messieurs Marcel Philipp, Jürgen Linden, Martin Schulz, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk pour leurs aimables paroles. Je voudrais redire mon intention de dédier le prestigieux Prix, dont je viens d’être honoré, à l’Europe : en effet, nous ne sommes pas en train d’accomplir un geste de célébration ; nous saisissons plutôt l’occasion pour souhaiter ensemble un élan nouveau et courageux à ce cher continent.

La créativité, le génie, la capacité de se relever et de sortir de ses propres limites caractérisent l’âme de l’Europe. Au siècle dernier, elle a témoigné à l’humanité qu’un nouveau départ était possible : après des années de conflits tragiques, qui ont abouti à la plus terrible guerre dont on se souvienne, est apparue dans l’histoire, par la grâce de Dieu, une nouveauté sans précédent. Les cendres des décombres n’ont pas pu éteindre l’espérance et la recherche de l’autre, qui brûlaient dans le cœur des Pères fondateurs du projet européen. Ils ont jeté les fondations d’un rempart de paix, d’un édifice construit par des États qui ne s’étaient pas unis de force, mais par un choix libre du bien commun, en renonçant pour toujours à s’affronter. L’Europe, après tant de divisions, s’est finalement retrouvée elle-même et a commencé à édifier sa maison.


Cette « famille de peuples » (1), admirablement agrandie entre-temps, dernièrement semble moins sentir comme siens les murs de la maison commune, érigés parfois en s’éloignant du judicieux projet conçu par les Pères. Cette atmosphère de nouveauté, cet ardent désir de construire l’unité paraissent de plus en plus éteints : nous, les enfants de ce rêve, nous sommes tentés de céder à nos égoïsmes, en ayant en vue notre propre intérêt et en pensant construire des enclos particuliers. Cependant, je suis convaincu que la résignation et la fatigue ne font pas partie de l’âme de l’Europe et qu’également « les difficultés peuvent devenir des promotrices puissantes d’unité » (2).

Au Parlement européen, je me suis permis de parler d’une Europe grand-mère. Je disais aux Eurodéputés qu’en bien des endroits grandissait l’impression générale d’une Europe fatiguée et vieillie, stérile et sans vitalité, où les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive ; une Europe en déclin qui semble avoir perdu sa capacité génératrice et créative. Une Europe tentée de vouloir assurer et dominer des espaces plutôt que de créer des processus d’inclusion et de transformation : une Europe qui est en train de “se retrancher” au lieu de privilégier des actions qui promeuvent de nouveaux dynamismes dans la société ; des dynamismes capables d’impliquer et de mettre en mouvement tous les acteurs sociaux (groupes et personnes) dans la recherche de solutions nouvelles aux problèmes actuels, qui portent du fruit dans d’importants événements historiques ; une Europe qui, loin de protéger les espaces, devienne une mère génératrice de processus (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 223).

Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères ? L’écrivain Elie Wiesel, survivant des camps d’extermination nazis, disait qu’il est capital aujourd’hui de réaliser une “transfusion de mémoire”. Il est nécessaire de “faire mémoire”, de prendre un peu de distance par rapport au présent pour écouter la voix de nos ancêtres. Non seulement la mémoire nous permettra de ne pas commettre les mêmes erreurs du passé (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 108), mais aussi elle nous donnera accès à ces acquis qui ont aidé nos peuples à traverser, avec un esprit positif, les carrefours historiques qu’ils trouvaient marchant. La transfusion de la mémoire nous libère de cette tendance actuelle, souvent plus attrayante, de fabriquer en hâte sur les sables mouvants des résultats immédiats qui pourraient produire un gain « politique facile, rapide et éphémère, mais qui ne construisent pas la plénitude humaine » (ibid., n. 224).

À cette fin, cela nous fera du bien d’évoquer les Pères fondateurs de l’Europe. Ils ont su chercher des routes alternatives, innovatrices dans un contexte marqué par les blessures de la guerre. Ils ont eu l’audace non seulement de rêver l’idée d’Europe, mais ils ont osé transformer radicalement les modèles qui ne provoquaient que violence et destruction. Ils ont osé chercher des solutions multilatérales aux problèmes qui peu à peu devenaient communs.
Robert Schuman, dans ce que beaucoup reconnaissent comme l’acte de naissance de la première communauté européenne, a dit : « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait ».

À présent justement, dans notre monde divisé et blessé, il faut retourner à cette solidarité de fait, à la même générosité concrète qui a suivi le deuxième conflit mondial, parce que, – continuait Schuman – « la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent » (4). Les projets des Pères fondateurs, hérauts de la paix et prophètes de l’avenir, ne sont pas dépassés : ils inspirent, aujourd’hui plus que jamais, à construire des ponts et à abattre des murs. Ils semblent exprimer une invitation angoissée à ne pas se contenter de retouches cosmétiques ou de compromis bancals pour corriger quelques traités, mais à poser courageusement de nouvelles bases, fortement enracinées ; comme l’affirmait Alcide De Gasperi, « tous également animés par le souci du bien commun de nos patries européennes, de notre Patrie l’Europe », recommencer, sans peur un « travail constructif qui exige tous nos efforts d’une coopération patiente et longue » (5).
Cette transfusion de la mémoire nous permet de nous inspirer du passé pour affronter avec courage le complexe cadre multipolaire actuel, en acceptant avec détermination le défi d’« actualiser » l’idée de l’Europe. Une Europe capable de donner naissance à un nouvel humanisme fondé sur trois capacités : la capacité d’intégrer, la capacité de dialoguer et la capacité de générer.

Capacité d’intégrer

Erich Przywara, dans sa magnifique oeuvre « L’idée de l’Europe », nous invite à penser la ville comme un lieu de cohabitation entre diverses instances et divers niveaux. Il connaissait cette tendance réductionniste qui habite chaque tentative de penser et de rêver le tissu social. La beauté enracinée dans beaucoup de nos villes est due au fait qu’elles ont réussi à conserver dans le temps les différences d’époques, de nations, de styles, de visions. Il suffit de regarder l’inestimable patrimoine culturel de Rome pour confirmer encore une fois que la richesse et la valeur d’un peuple s’enracine justement dans le fait de savoir articuler tous ces niveaux dans une saine cohabitation. Les réductionnismes et toutes les tentatives d’uniformisation, loin de générer des valeurs, condamnent nos peuples à une cruelle pauvreté : celle de l’exclusion. Et loin d’apporter grandeur, richesse et beauté, l’exclusion provoque la lâcheté, l’étroitesse et la brutalité. Loin de donner de la noblesse à l’esprit, ils lui apportent la mesquinerie.
Les racines de nos peuples, les racines de l’Europe se sont consolidées au cours de son histoire
du fait qu’elle a appris à intégrer dans une synthèse toujours neuve les cultures les plus diverses et sans lien apparent entre elles. L’identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle. L’activité politique sait qu’elle a entre les mains cette tâche fondamentale et urgente. Nous savons que « le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme de celles-ci », par conséquent, on devra toujours travailler pour « élargir le regard pour reconnaître un bien plus grand qui sera bénéfique à tous » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 235). Nous sommes invités à promouvoir une intégration qui trouve dans la solidarité la manière de faire les choses, la manière de construire l’histoire. Une solidarité qui ne peut jamais se confondre avec l’aumône, mais comme la création d’opportunités pour que tous les habitants de nos villes – et de tant d’autres villes – puissent mener leur vie avec dignité. Le temps nous enseigne que la seule insertion géographique des personnes ne suffit
pas, mais que le défi est celui d’une forte intégration culturelle.

Ainsi, la communauté des peuples européens pourra vaincre la tentation de se replier sur des paradigmes unilatéraux et de s’aventurer dans des “colonisations idéologiques” ; elle redécouvrira plutôt la grandeur de l’âme européenne, née de la rencontre de civilisations et de peuples, plus vaste que les frontières actuelles de l’Union et appelée à devenir un modèle de nouvelles synthèses et de dialogue. Le visage de l’Europe ne se distingue pas, en effet, par l’opposition aux autres, mais par le fait de porter imprimés les traits de diverses cultures et la beauté de vaincre les fermetures. Sans cette capacité d’intégration, les paroles prononcées par Konrad Adenauer dans le passé résonneront aujourd’hui comme une prophétie de l’avenir : « L’avenir de l’Occident n’est pas tant menacé par la tension politique que par le danger de la massification, de l’uniformité de pensée et de sentiment ; bref, par tout le système de vie, de la fuite de responsabilité, avec l’unique préoccupation de son propre moi » (6).

Capacité de dialogue

S’il y a un mot que nous devons répéter jusqu’à nous en lasser, c’est celui-ci : dialogue. Nous sommes invités à promouvoir une culture du dialogue en cherchant par tous les moyens à ouvrir des instances afin qu’il soit possible et que cela nous permette de reconstruire le tissu social. La culture du dialogue implique un apprentissage authentique, une ascèse qui nous aide à reconnaître l’autre comme un interlocuteur valable ; qui nous permette de regarder l’étranger, le migrant, celui qui appartient à une autre culture comme un sujet à écouter, considéré et apprécié. Il est urgent pour nous aujourd’hui d’impliquer tous les acteurs sociaux dans la promotion d’« une culture qui privilégie le dialogue comme forme de rencontre », en promouvant « la recherche de consensus et d’accords, mais sans la séparer de la préoccupation d’une société juste, capable de mémoire, et sans exclusions » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 239). La paix sera durable dans la mesure où nous armons nos enfants des armes du dialogue, dans la mesure où nous leur enseignons le bon combat de la rencontre et de la négociation. Ainsi, nous pourrons leur laisser en héritage une culture qui sait définir des stratégies non pas de mort mais de vie, non pas d’exclusion mais d’intégration.
Cette culture du dialogue, qui devrait être insérée dans tous les cursus scolaires comme axe transversal des disciplines, aidera à inculquer aux jeunes générations une manière de résoudre les conflits différente de celle à laquelle nous nous habituons. Aujourd’hui, il est urgent de pouvoir réaliser des “coalitions” non plus uniquement militaires ou économiques mais culturelles, éducatives, philosophiques, religieuses. Des coalitions qui mettent en évidence que, derrière beaucoup de conflits, le pouvoir de groupes économiques est souvent en jeu. Des coalitions capables de défendre le peuple de l’utilisation qu’on fait de lui à des fins impropres. Armons nos gens de la culture du dialogue et de la rencontre.

Capacité de générer

Le dialogue, et tout qu’il comporte, nous rappelle que personne ne peut se contenter d’être spectateur ni simple observateur. Tous, du plus petit au plus grand, sont des acteurs de la construction d’une société intégrée et réconciliée. Cette culture est possible si nous participons tous à son élaboration et à sa construction. La situation actuelle n’admet pas de simples observateurs des luttes d’autrui. Au contraire, c’est un appel fort à la responsabilité personnelle et sociale. En ce sens, nos jeunes ont un rôle prépondérant. Ils ne constituent pas l’avenir de nos peuples, mais ils sont le présent ; ils sont ceux qui, déjà par leurs rêves, par leur vie, sont en train de forger l’esprit européen. Nous ne pouvons pas penser l’avenir sans leur offrir une réelle participation comme agents de changement et de transformation. Nous ne pouvons pas imaginer l’Europe sans les rendre participants et protagonistes de ce rêve.
Ces derniers temps, j’ai réfléchi à cet aspect et je me suis demandé : comment pouvons-nous
faire participer nos jeunes à cette construction lorsque nous les privons de travail ; de travaux dignes qui leur permettent de se développer grâce à leurs mains, grâce à leur intelligence et à leur énergie ? Comment voulons-nous leur reconnaître la valeur de protagonistes, lorsque les taux de chômage et de sous-emploi de millions de jeunes européens sont en augmentation ? Comment éviter de perdre nos jeunes, qui finissent par aller ailleurs à la recherche d’idéaux et de sens d’appartenance parce qu’ici, sur leur terre, nous ne savons pas leur offrir des opportunités et des valeurs ? « La juste distribution des fruits de la terre et du travail humain n’est pas de la pure philanthropie. C’est un devoir moral ». Si nous voulons penser nos sociétés d’une manière différente, nous avons besoin de créer des postes d’un travail digne et bien rémunéré, surtout pour nos jeunes.
Cela demande la recherche de nouveaux modèles économiques plus inclusifs et équitables, non orientés vers le service d’un petit nombre, mais au bénéfice des gens et de la société. Et cela nous demande le passage d’une économie liquide à une économie sociale. Je pense par exemple à l’économie sociale de marché, encouragée par mes Prédécesseurs (cf. Jean-Paul II, Discours à l’Ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne, 8 novembre 1990). Passer d’une économie, qui vise au revenu et au profit sur la base de la spéculation et du prêt à intérêt, à une économie sociale
qui investit dans les personnes en créant des postes de travail et de la qualification.
Nous devons passer d’une économie liquide, qui tend à favoriser la corruption comme moyen pour obtenir des profits, à une économie sociale qui garantit l’accès à la terre, au toit grâce au travail comme milieu où les personnes et les communautés peuvent mettre en jeu « plusieurs dimensions de la vie (…) : la créativité, la projection vers l’avenir, le développement des capacités, la mise en pratique de valeurs, la communication avec les autres, une attitude d’adoration. C’est pourquoi, dans la réalité sociale mondiale actuelle, au-delà des intérêts limités des entreprises et d’une rationalité économique discutable, il est nécessaire que “l’on continue à se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail… pour tous” (8) » (Enc. Laudato si’, n. 127). Si nous voulons envisager un avenir qui soit digne, si nous voulons un avenir de paix pour nos sociétés, nous pourrons l’atteindre uniquement en misant sur la vraie inclusion : « celle qui donne le travail digne, libre, créatif, participatif et solidaire ».(9) Ce passage (d’une économie liquide à une économie sociale) non seulement donnera de nouvelles perspectives et opportunités concrètes d’intégration et d’inclusion, mais aussi nous ouvrira de nouveau la capacité de rêver de cet humanisme dont l’Europe a été le berceau et la source.
L’Église peut et doit contribuer à la renaissance d’une Europe affaiblie, mais encore dotée d’énergie et de potentialités. Son devoir coïncide avec sa mission : l’annonce de l’Évangile, qui aujourd’hui plus que jamais se traduit surtout par le fait d’aller à la rencontre des blessures de l’homme, en portant la présence forte et simple de Jésus, sa miséricorde consolante et encourageante. Dieu désire habiter parmi les hommes, mais il ne peut le faire qu’à travers des hommes et des femmes qui, comme les grands évangélisateurs du continent, soient touchés par lui et vivent l’Évangile, sans chercher autre chose. Seule une Église riche de témoins pourra redonner l’eau pure de l’Évangile aux racines de l’Europe. En cela, le chemin des chrétiens vers la pleine unité est un grand signe des temps, mais aussi l’exigence pressante de répondre à l’appel du Seigneur « pour que tous soient un » (Jn 17, 21).
Avec l’esprit et avec le cœur, avec espérance et sans vaine nostalgie, comme un fils qui retrouve dans la mère Europe ses racines de vie et de foi, je rêve d’un nouvel humanisme européen, d’« un chemin constant d’humanisation », requérant « la mémoire, du courage, une utopie saine et humaine » (10). Je rêve d’une Europe jeune, capable d’être encore mère : une mère qui ait de la vie, parce qu’elle respecte la vie et offre l’espérance de vie. Je rêve d’une Europe qui prend soin de l’enfant, qui secourt comme un frère le pauvre et celui qui arrive en recherche d’accueil parce qu’il n’a plus rien et demande un refuge. Je rêve d’une Europe qui écoute et valorise les personnes malades et âgées, pour qu’elles ne soient pas réduites à des objets de rejet improductifs. Je rêve d’une Europe où être migrant ne soit pas un délit mais plutôt une invitation à un plus grand engagement dans la dignité de l’être humain tout
entier. Je rêve d’une Europe où les jeunes respirent l’air pur de l’honnêteté, aiment la beauté de la culture et d’une vie simple, non polluée par les besoins infinis du consumérisme ; où se marier et avoir des enfants sont une responsabilité et une grande joie, non un problème du fait du manque d’un travail suffisamment stable. Je rêve d’une Europe des familles, avec des politiques vraiment effectives, centrées sur les visages plus que sur les chiffres, sur les naissances d’enfants plus que sur l’augmentation des biens. Je rêve d’une Europe qui promeut et défend les droits de chacun, sans oublier les devoirs envers tous. Je rêve d’une Europe dont on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits humains a été sa dernière utopie.

1 Discours au Parlement européen, Strasbourg, 25 novembre 2014.
2 Ibid.
3 Déclaration du 9 mai 1950, Salon de l’Horloge, Quai d’Orsay, Paris.
4 Ibid.
5 Discours à la Conférence Parlementaire Européenne, Paris, 21 avril 1954.
6 Discours à l’Assemblée des artisans allemands, Düsseldorf, 27 avril 1952.
7 Discours aux mouvements populaires en Bolivie, Santa Cruz de la Sierra, 9 juillet 2015.
8 BENOIT XVI, Lett. Enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 32 : AAS 101 (2009), p. 666.
9 Discours aux mouvements populaires en Bolivie, Santa Cruz de la Sierra, 9 juillet 2015.
10 Discours au Conseil d’Europe, Strasbourg, 25 novembre 2014.

dimanche 1 mai 2016